Perles de la Dévotion au Cœur de Jésus : Les Images

VII. Les Images du Cœur de Jésus

I. Les Sauvegardes

En 1720, ]a peste éclatait à Marseille et faisait de cette grande et florissante cité un vaste cimetière. La seconde Marguerite-Marie, ainsi qu’on l’a appelée quelquefois, Anne-Madeleine Rémusat, qui, elle aussi, avait été investie d’une mission particulière relativement au Sacré Cœur et à qui Notre-Seigneur avait révélé deux ans auparavant les ravages qu’en punition des péchés des habitants, le fléau devait exercer à Marseille, tourna les yeux de ses concitoyens éperdus vers le Divin Cœur, comme seul capable de lui être efficacement secourable. Elle confectionna la sainte image de ce Cœur et la distribua comme une sauvegarde contre l’atteinte du terrible mal.

Sœur Anne-Madeleine Rémusat Sacré-Cœur
La Vénérable Sœur Anne-Madeleine Rémusat (1796-1830). Visitandine. Propagatrice du Culte de l’Image du Sacré-Cœur.

On conserve encore, dans le monastère où elle a vécu, la planche de cuivre avec laquelle on tirait, sur une étoffe blanche, les images qu’elle attachait sur de petites pièces de drap rouge. Le Cœur était représenté avec la blessure ; il était surmonté d’une petite croix et enserré dans une couronne d’épines. On y lisait au bas : « Cœur de Jésus, abyme d’amour et de miséricorde, je mets en vous toute ma confiance et j’espère tout de votre bonté. » Le nom de sauvegarde, donné à ces petites images par la pieuse Visitandine, ne tarda pas à être justifié. Comme autrefois en Égypte en faveur des descendants de Jacob, l’Ange exterminateur respecta souvent la vie de ceux qui s’étaient placés avec confiance sous l’égide de ce signe salutaire. Et quand le Pasteur désolé de cet infortuné troupeau, l’héroïque Belzunce, cédant aux instances d’Anne-Madeleine, eut, de concert avec les magistrats civils, consacré solennellement la ville au Sacré Cœur, le terrible fléau cessa d’y faire des victimes.

Le fait eut un immense retentissement, dont bénéficièrent la dévotion au Sacré Cœur en général et le culte de son image en particulier. Ce culte se répandit en effet de plus en plus ; on le trouve même bientôt en honneur parmi les plus hauts dignitaires de la Cour romaine. En 1748, le Pape Benoît XIV lui-même, voulant témoigner sa gratitude à la Reine de France, Marie Leczinska pour le zèle qu’elle déployait à accroître la dévotion au Sacré Cœur, lui fit remettre, entre autres présents, un grand nombre de Sacrés Cœurs en taffetas rouge brodé en or.

II. Martyrs du Sacré Cœur

Les archives révolutionnaires conservent les actes authentiques des martyrs du Sacré Cœur. Un jour, au château de la Biliais, près Saint-Etienne-de-Montluc, on arrêtait toute une noble famille. Le père était convaincu d’avoir donné asile à un prêtre non assermenté et aussi d’avoir possédé « un petit portefeuille en vélin sur lequel sont deux cœurs tracés, chacun desquels est surmonté d’une croix et au-dessous sont écrits les mots : Jésus, Marie ».

C’était un arrêt de mort et le renom d’intégrité que M. de la Biliais s’était acquis dans l’exercice de la magistrature (il appartenait au parlement de Rennes) ne le préserva point de l’échafaud. Il fut exécuté à Nantes le 17 janvier 1794.

Ses trois fils aînés avaient émigré et ne devaient point, hélas ! revoir le sol de la patrie. Le plus jeune échappa comme par miracle à toutes les recherches : Dieu ne voulut pas laisser éteindre une race si saintement immortalisée. Mais madame de la Biliais et ses deux filles restèrent aux mains du farouche proconsul. La principale charge qu’on releva contre elles fut qu’elles distribuaient à profusion des images du Sacré-Cœur et autres signes contre-révolutionnaires.

Sacré-Cœur Dieu et le Roi Chouans Vendéens
Dieu, le Roi. Insigne Vendéen en tissu.

Elles avouèrent hautement ce crime impardonnable ; la condamnation suivit l’aveu. Mais ces jeunes filles étaient si gracieuses et si belles que ces cœurs de monstre se sentirent pour la première fois pris de pitié. Claire-Eugénie avait 22 ans, Marie-Caroline en comptait à peine 20. Pour la sauver, un de ses juges émit au tribunal un injurieux soupçon. Elle n’avait qu’à se taire, mais elle parla, plus jalouse de son honneur que de sa vie. Le lendemain, lorsqu’elle suivait, avec ses compagnes de captivité, les rues tortueuses qui mènent du quartier Saint-Vincent à la place du Bouffay où nuit et jour fonctionnait la guillotine, l’officier de garde, sous le charme de cette beauté angélique, rêva de générosité et lui offrit le Salut pour elle, pour sa mère, pour sa sœur, au prix de sa main. Mais mademoiselle de la Biliais aspirait aux gloires de la Vierge et de la Martyre, et au moment de recevoir la double auréole, elle n’avait qu’une crainte, celle de la perdre.

En se rendant au lieu de l’exécution, elles avaient pris soin de relever leurs voiles afin que l’on jugeât du bonheur qu’elles goûtaient à mourir pour Jésus-Christ. Arrivées au pied de l’échafaud elles s’embrassèrent toutes trois, heureuses de penser que bientôt elles se rencontreraient au ciel. Ambitieuse de garantir à ses enfants les conquêtes immortelles, leur mère les fit passer premières, se condamnant ainsi à mourir trois fois. Mais sur l’échafaud même, Marie-Caroline imposait encore au bourreau. Il lui accordait sa pudique requête et, la laissant elle-même enlever son fichu, il tranchait le cou virginal sans avoir osé y porter la main. (extrait de La France et le Sacré Cœur, par le .R. P. Alet.)

Extrait de : Perles de la Dévotion au Cœur de Jésus, 1902.