Règne Social du Christ : Cité Païenne Contre Cité Chrétienne

Le Christianisme a rendu à l’homme, en tant qu’individu, sa valeur dans la Cité Chrétienne.

Lorsqu’on approfondit les constitutions anciennes, on observe que la liberté civile n’existait que fort incomplètement dans le pays qui chérissait le plus la liberté politique ; les mêmes citoyens qui se flattaient d’être très-libres, parce qu’ils participaient aux délibérations de la place publique, manquaient de cette liberté qui touche l’homme de plus près, de celle qu’on appelle liberté civile.

On peut se former une idée des pensées et des mœurs des anciens sur ce point, en lisant leurs plus célèbres écrivains politiques, Aristote et Platon. Leur système était de réserver à un nombre d’hommes fort restreint les honneurs et la considération ; les classes des citoyens qu’ils condamnaient à l’abaissement et à la nullité formaient le plus grand nombre, les laboureurs, les artisans et les marchands, sans parler des pauvres, des étrangers et des esclaves, dont nous dirons un mot tout à l’heure. En résumé, le paganisme anéantissait l’homme en tant que personnalité dans la cité et n’accordait des droits civils qu’à un nombre restreint de privilégiés.

Le Christianisme changea cet état de choses ; il releva la dignité humaine et donna à chaque individu sa valeur dans la cité Chrétienne. Lorsque Jésus-Christ affirma le prix d’une seule âme au-dessus de la possession du monde entier : Que sert-il de gagner l’univers et de perdre son âme ?

Il proclama l’indépendance et la dignité individuelle, par conséquent l’aptitude de chaque homme à la liberté politique et civile. C’est pourquoi le Christianisme, qui sauvegarde tous les droits, ceux de l’individu comme ceux de la société, attache l’homme à l’association par une chaîne souple et lui conserve toujours un grand respect et beaucoup d’égards.

Toute l’action de l’Église, son dévouement, son zèle, ses institutions de bienfaisance ne s’expliquent que par la valeur d’une seule âme aux yeux de Dieu. Aussi la vie d’un seul individu, fût-il le plus vil des hommes, est, dans la société Chrétienne, environnée des soins les plus empressés et placée sous l’égide des lois. Si l’homme, comme l’individu, n’était compté pour rien dans la cité païenne ; si la liberté politique, monopole d’un petit nombre, dominait la liberté civile, les hommes n’étaient liés entre eux par aucun lien ni de fraternité ni de solidarité. En dehors d’un fanatique dévouement pour la patrie, l’égoïsme et la dureté régnaient dans les individualités puissantes. On ne songeait pas même à la compassion qu’on doit avoir naturellement envers la faiblesse, l’infériorité et le malheur. »

Extrait de : Règne Social du Christ, par l’Abbé Charles Bénard, 1866.

Règne Social du Christ : Statut de la Femme (2)

Femme source de charité, courage, joie, confiance, espoir et lumière
La Femme doit mettre là où elle passe, de la charité. Elle doit donner du courage, être semeuse de joie, de confiance, d’espoir et de lumière. P. Perroy.

Comparaison du statut de la femme païenne et de la femme chrétienne.

2) La Femme Chrétienne

Le Fils de Dieu, qui est venu au monde pour restaurer toutes choses, sauver ce qui est faible, régénère la famille, en réhabilitant surtout la femme et l’enfant.

La femme, il l’élève à la hauteur de la maternité divine, et par là à une grandeur incomparable ; il s’incarne dans son sein, devient chair de sa chair. Il l’appelle du doux nom de mère. Il se soumet pendant trente ans à ses ordres. Eve, la mère de tous les mortels, a attiré à son sexe l’asservissement ; la Vierge Marie, l’Eve de la nouvelle alliance, affranchit du joug de la servitude toutes les femmes qui embrasseront la religion de son Fils. C’est là un des motifs pour lequel on la proclamera bienheureuse à travers toutes les générations. Le culte de Marie, basé sur sa maternité divine, contribua singulièrement à la réhabilitation de la femme. Jésus-Christ fut la source de cette régénération, et Marie en devint un instrument capital. Aussi la femme sent-elle pour le Sauveur un attrait secret ; elle s’attache à ses pas, par un certain pressentiment de sa prochaine délivrance. L’Évangile remarque que, des dames de qualité suivaient Jésus-Christ dans ses courses apostoliques et pourvoyaient abondamment à son entretien ainsi qu’à celui de ses disciples. Sous l’impression de l’enthousiasme, elles se transforment en ardentes apôtres de sa doctrine. Lors de la douloureuse passion, quand les siens l’avaient abandonné, que le peuple juif le blasphémait, que de tous côtés retentissait le tolle, le crucifige illum, des femmes pieuses de Jérusalem, plus justes et plus fortes que les hommes, prenaient part à ses souffrances, et le consolaient par leurs larmes, leur force et leur constance, dans le moment suprême.

Femme chrétienne en prière
Femme Chrétienne en prière.

Quand, sur la croix, l’Homme de douleur était suspendu entre le ciel et la terre, abandonné pour ainsi dire de Dieu et des hommes, la femme resta fidèle et dévouée. Les femmes devinrent les premières auxiliaires des apôtres, dans la Propagation de la Foi, et furent spécialement recommandées et honorées dans les épîtres de saint Pierre, de saint Paul et de saint Jean. Nous nous bornons à donner ici le point de vue élevé sous lequel saint Paul envisage la famille et l’union de l’homme et de la femme. « L’homme est le chef de la femme…. Il est l’image et la gloire de Dieu, et la femme est la gloire de l’homme, car l’homme n’est pas de la femme, mais la femme de l’homme. Et l’homme n’a pas été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Les femmes doivent donc être soumises à leurs maris comme au Seigneur. Et les maris doivent aimer leurs épouses, comme leur corps ; personne n’a jamais haï sa propre chair ; qui aime sa femme s’aime soi-même. »

L’Apôtre, pour relever la femme et expliquer la hiérarchie de la famille, ne se contente pas de rappeler l’histoire biblique de la création, il entre dans les profondeurs du mystère de l’Incarnation, et établit entre l’homme et la femme les mêmes rapports qu’entre le Christ et son Église. « De même que l’Église, continue le docteur des nations, est soumise au Christ, ainsi les femmes doivent l’être en tout à leurs maris. Comme le Christ veille sans cesse sur son Église, pour laquelle il s’est livré et qu’il cherche à rendre glorieuse, immaculée, de même l’homme doit se dévouer pour celle qui lui a été associée. Grand mystère ! l’union de la femme et de l’homme ! c’est l’union de Jésus-Christ et de son Église. »

Mariage Chrétien don mutuel selon Pie XII
Mariage Chrétien don mutuel et source de vie. Pie XII.

L’on comprend que, devant une telle doctrine, la femme est devenue non-seulement libre, mais a été honorée et respectée partout où l’Évangile a pris racine. Ce qui servit surtout encore à régénérer la femme, ce fut la monogamie enseignée par le christianisme. L’unité et l’indissolubilité du lien conjugal sauvèrent la famille. Un seul toujours uni à une seule, voilà le dogme qui releva la femme, lui donna une valeur morale et la fit sortir de son profond abaissement. L’Église, dépositaire de cette croyance, la fit pénétrer dans les mœurs, et modifia ainsi essentiellement l’ancien ordre de choses. Les Souverains-Pontifes employèrent principalement les armes spirituelles pour réprimer la licence anti-conjugale des princes : ce fut là une des grandes causes de la lutte de la Papauté. La sainteté du mariage, base sacrée du bonheur public, fut ainsi assurée, et la famille chrétienne existe avec sa pureté et son harmonie.

« En bénissant l’amour conjugal, comme la source du genre humain, Dieu ne lui permit pas de s’épancher sur plusieurs objets, comme il arrive lorsqu’un homme eut plusieurs femmes ; mais réduit à l’unité de part et d’autre, il en fit le lien sacré de deux cœurs unis, et pour lui donner sa perfection et à la fois le rendre une digne image de la future union de Jésus-Christ avec son Église, il voulut que le lien en fût éternel comme celui de l’Église avec Jésus-Christ. C’est sur cette idée primitive que Jésus-Christ réforma le mariage, et comme disent les Pères, il se montra le digne Fils du créateur, en rappelant les choses au point où elles étaient à la création. C’est sur cet immuable fondement qu’il a établi la sainteté du mariage chrétien et le repos des familles. La pluralité des femmes, autrefois permise ou tolérée, mais pour un temps et pour des raisons particulières, fut ôtée à jamais et tout ensemble les divisions et les jalousies qu’elle introduisit dans les mariages les plus saints. Une femme qui donne son cœur tout entier et à jamais, reçoit d’un époux fidèle un pareil présent et ne craint pas d’être méprisée ou délaissée par un autre. Toute la famille est unie par ce moyen ; les enfants sont élevés par des soins communs et un père qui les voit tous naître d’une même source, leur partage également ses amours. »

La chevalerie, cette ordination militaire, et fille du christianisme, contribua encore au respect de la femme. Cette institution guerrière et religieuse à la fois, où il y avait noviciat, serment au pied des autels, et cérémonies de réception, était l’association la plus vaste, la plus brillante qui ait jamais existé. Les membres, choisis entre tous les peuples chrétiens, s’obligeaient par serment à mener une vie dure et aventureuse, à consacrer leur épée à la défense du principe de la foi et de l’honneur des dames. Le respect de la femme, mêlé à des sentiments religieux, caractérise les chevaliers. Ils juraient que « s’ils étaient obligés de conduire une dame ou une demoiselle, ils la serviraient, la protégeraient et la sauveraient de tout danger et de toute offense, ou ils mourraient à la peine ; que jamais ils ne lui feraient violence, l’eussent-ils gagnée par armes. »

L’allure fière et religieuse de la chevalerie des XIII° et XIV° siècles fit place aux brillants tournois des XV° et XVI° siècles, où les preux sans reproche et sans peur, cherchaient une de leurs plus douces récompenses dans l’applaudissement du beau sexe. Si le chevalier aspirait à conquérir le cœur de sa dame, celle-ci, devenue la femme chrétienne, usa, à son tour, de son influence pour adoucir les mœurs farouches du guerrier du moyen-âge. Elle acquit, peu à peu, une prépondérance marquée dans la société, et devint, dans la civilisation moderne, un être privilégié.Les premiers honneurs sont maintenant pour elle, soit en voyage, soit à table, soit dans les diverses relations de la vie, sous peine d’incivilité.

De plus, ce qui est hors de l’ordre naturel des choses, un phénomène unique dans l’histoire, la merveille des merveilles pour les peuples privés des bienfaits du christianisme, les Turcs, les Chinois et les peuples idolâtres de l’Asie et de l’Afrique, la femme chrétienne, surtout la vierge consacrée à Dieu, assume le poste d’honneur dans l’exercice de la bienfaisance publique. Elle a une place incontestée dans les écoles de son sexe, dans les hôpitaux civils et militaires, dans les hospices d’incurables et dans les prisons, dans les bagnes et dans les colonies pénitentiaires, près du chevet des malades, dans les salles d’asile, dans les mille associations de la charité. Elle exerce une action bienfaisante sur l’enfance, sur l’adolescence, sur l’âge mûr, sur la vieillesse, sur celui qui entre dans la vie comme sur celui qui la quitte.

Partout où il y a une larme à essuyer, une douleur à consoler, une infortune à soulager, vous trouverez la vierge chrétienne en tête. Elle oublie même la faiblesse et la timidité naturelle de son sexe ; elle affronte les balles et les boulets du champ de bataille pour étancher le sang du soldat blessé, ami ou ennemi, et rappelle sur la terre étrangère, par son dévouement à celui qui meurt victime de son devoir, la grande image de la patrie, le doux souvenir d’une sœur ou d’une mère absente.

Extrait de : Règne Social du Christ, par l’Abbé Charles Bénard, 1866.

Règne Social du Christ : Statut de la Femme (1)

Une Femme Pieuse essuie la Sainte Face de Jésus

Comparaison du statut de la femme païenne et de la femme chrétienne.

1) La femme païenne.

Chez tous les peuples anciens, comme aujourd’hui encore chez tous les peuples non chrétiens, le mari eut un droit excessif dans la famille ; il devint un maître absolu, un despote, un tyran ; il exerça souvent le droit de vie et de mort, non-seulement sur l’enfant, mais quelquefois même sur la femme. Celle-ci, mère de famille, était, ou sous une tutelle permanente, ou prisonnière derrière des enceintes infranchissables, ou traitée comme une esclave, même comme une bête de somme.

Chinois, Indiens, Égyptiens, Grecs, Romains, Arabes, races celtiques et germaniques, sont là pour attester l’ancien droit païen du père de famille. Qu’on examine les mœurs de ces diverses nations, et il en ressort clairement cette vérité : Dans toute l’antiquité, la femme nous apparaît sous le joug de l’esclavage et de la corruption, excepté chez les Juifs, où la femme a toujours eu une dignité inconnue ailleurs.

Chez les Chinois et à l’extrême Orient, la femme reste toujours, comme dans les mœurs turques, avilie et corrompue. Elle est regardée comme un meuble ou un outil, comme une esclave. Voici l’extrait d’une lettre qu’un missionnaire en Chine a écrite à sa sœur, en 1865 : « Ici, la femme ne s’appartient pas à elle-même, elle n’est pas maîtresse de sa détermination et de ses actes ; elle est privée de toute instruction… Ici, on fiance les enfants très-jeunes, souvent même avant l’âge de raison. Pour cet acte si important de la vie, il est très rare que les parents consultent leurs enfants. Or, d’après l’usage du pays, une fille fiancée est une fille vendue, qui n’appartient plus ni à son père, ni à sa mère. Dans les pays païens, la femme est esclave et sans autorité ; une fille ne peut jamais hériter des biens de son père. Les biens des parents passent à leurs garçons, et, à défaut de ceux-ci, à leurs plus proches héritiers, mais jamais aux filles. Ces usages sont tellement enracinés, que, chez nos nouveaux chrétiens, la femme continue à conserver plus ou moins les marques de sa dégradation. Il est vrai que, de loin en loin, nous formons quelques vierges que nous instruisons et à qui nous nous efforçons de rendre leur dignité primitive ; mais ce ne sont là que de rares exceptions, car ce pays est si pauvre qu’une femme, ne pouvant généralement pourvoir à sa subsistance, est presque toujours obligée de se marier pour vivre. Si son premier mari vient à mourir, on la vend à un autre. » […]

Malgré la défense de la civilisation anglaise, on connaît le préjugé encore aujourd’hui en vigueur qui oblige la femme indienne de se brûler toute vive, sur le bûcher de son mari. Dans l’Île de Chypre, à Byblos, à Carthage, comme à Babylone, la femme était forcément dégradée. Chez les Mèdes et les Perses, les Mages et les grands pouvaient épouser jusqu’à leurs mères et leurs filles. Hérodote et Strabon se réunissent pour nous faire la peinture la plus horrible de la polygamie, du concubinage, de l’inceste et du sensualisme domestique, chez tous les peuples orientaux et africains.

Chez les Tartares, les Gaulois, les Germains et les Bretons, la femme était esclave, lorsqu’elle n’était pas guerrière. Elle devait travailler dans les champs ou combattre pour son maître ; à sa mort, comme encore aujourd’hui dans les Indes, elle s’immolait sur son tombeau pour le servir dans l’autre monde.

Chez tous les peuples germains, « la constitution de la famille ne laisse voir que le règne de la force. Dans chaque maison, il n’y a qu’une personne libre, et c’est le chef (Karl) ; point de liberté pour la femme. Fille, elle est, selon l’énergique expression du droit, dans la main de son père ; mariée, dans la main de son mari ; veuve, dans la main de son fils ou de ses proches. Le mariage n’est qu’un marché. »

« A Rome, […] Le chef de famille (pater familiâs), au milieu de la société générale, forme une petite société, soumise à un régime despotique. Ce chef est seul, dans le droit privé, une personne complète, c’est-à-dire, il forme seul un être capable d’avoir ou de devoir des droits. Tous ceux qu’il a sous sa main ne sont que des instruments. Il est propriétaire absolu de tous les biens et même de tous les individus qui composent sa famille. Il a, sous sa puissance immédiate, ses esclaves, ses enfants, sa femme et les hommes libres qui lui sont asservis. »

« La famille romaine n’est pas une famille naturelle, c’est une création du droit civil, du droit de la cité. La femme, épouse pour le mari, mère pour les enfants, peut être étrangère à la famille. Le lien de la famille n’est pas le lien du sang, le lien produit par le mariage et la génération, c’est le lien du droit civil ; la puissance, la force, voilà le fondement de la famille romaine. La tradition légale de la femme, non son consentement, forme l’essence du mariage. »

Aussi, la femme romaine, excepté lorsqu’elle est vestale ou mère de trois enfants, ne sort d’une tyrannie que pour tomber dans une autre. En se mariant, elle reste, lors même qu’elle est émancipée, la chose de son mari comme elle l’était de son père ; elle n’a pas plus de droits qu’elle n’en avait ; elle est au même rang que ses propres enfants. Ce qu’elle apporte, ce qu’elle acquiert par le mariage, tout appartient au mari ; les enfants ne lui appartiennent pas, mais au mari, qui peut les tuer, les exposer, les vendre, les chasser de la famille par émancipation. Quant à elle-même, il peut aussi la chasser, la vendre, et même la tuer. Esclave de quelque côté qu’elle se tourne, elle ne rencontre partout autour d’elle que des maîtres qui, se rappelant comment leurs ancêtres avaient conquis les filles des Sabins, la considèrent toujours comme un butin, et la traitent comme une chose conquise et une propriété vivante. »

Vers la fin de la république, la dissolution des mœurs alla si loin que les maris changèrent de femmes presque tous les ans : ils divorçaient capricieusement. L’empereur Auguste, craignant l’extinction des familles et le dépérissement de la population à Rome, se vit même forcé de mettre des bornes au divorce, d’élargir le cercle de la liberté du mariage entre les différents ordres, de récompenser la fécondité et d’établir des peines contre le veuvage et contre le célibat. Constantin modifia cette loi immorale et Justinien l’abolit.

En résumé, dans le paganisme, le mariage n’est qu’un jeu et la femme qu’un instrument de progéniture qu’on brise arbitrairement. M. Cousin, dans sa préface sur Platon, a bien raison de dire : « Il est certain que l’antiquité avilissait la femme ; avilie, elle perdait ses plus grands charmes. De là, les préférences contre nature qui nous révoltent à bon droit, mais qu’il faut comprendre. Partout où la femme n’est pas, par son âme, l’égale de l’homme, il ne faut pas s’étonner que l’amour, précisément par son instinct le plus pur et le plus élevé, cherche un objet plus digne et s’y attache. Quel homme distingué pouvait livrer son cœur à la femme telle que l’antiquité l’avait faite, partager avec cet être avili, ou stupide, ou frivole, les secrets de son âme, l’associer à sa destinée et y placer l’espérance d’une liaison un peu généreuse ? Cette loi que Platon n’osait faire contre des préférences anti-naturelles, le christianisme l’a établie d’un bout de l’Europe à l’autre, et non-seulement il l’a écrite dans les codes, mais il l’a fait passer dans les mœurs. Sans confondre les devoirs de la femme avec ceux de l’homme, il l’a ennoblie, il en a fait un être moral, capable d’un autre amour que celui des sens, et par-là il l’a soustraite à des préférences qui, n’ayant plus de motif, ont cessé d’elles-mêmes. »

Extrait de : Règne Social du Christ, par l’Abbé Charles Bénard, 1866.

Règne Social du Christ : Dans La Famille

Image récitation du chapelet en famille piété

La récitation du chapelet en famille.

Organisation Naturelle et Divine de la Famille.

Selon le plan divin, révélé par la création comme par la nature, l’homme est le chef de la famille (Genèse, c. 2, v. 21). Il doit y maintenir l’unité, la concorde, plutôt par la vivacité de son affection que par la supériorité de sa force ; il a la primauté d’intelligence et de puissance, par conséquent, le devoir d’éclairer et de protéger les autres membres de la famille. La mère, subordonnée au père, possède la puissance du cœur et de la beauté, la puissance de la faiblesse, c’est-à-dire la puissance de médiation. De ces deux caractères naturels découle la double série des droits et des devoirs qui unissent les deux êtres dans un même et unique lien de tendresse et de dévouement, tous les jours de la vie, de telle sorte que les deux existences n’en font qu’une seule, Et erunt duo in carne unâ [Ils seront deux dans une seule chair ]. Cette profonde parole exprime avec une énergie divine le dogme de l’unité, de l’indissolubilité des liens matrimoniaux, et résume tous les devoirs, tout le bonheur de la vie conjugale dans le mot Union. Après avoir ainsi établi la sainte corrélation entre l’homme et la femme, Dieu les bénit tous deux et leur dit : Croissez et multipliez-vous (Genèse, c. 2). Voilà donc un troisième élément introduit dans la société domestique : l’enfant. L’enfant est le membre naturel de la famille et y apporte un lien nouveau qui, d’une part, unit plus intimement encore le père et la mère entre eux, de l’autre, établit une nouvelle série de droits et de devoirs entre les parents et le fruit de leur union. L’enfant, dépendant naturellement du père et de la mère, tient d’eux la vie et tout ce qui soutient et développe son existence dans l’ordre physique et moral ; ainsi, en retour des devoirs qui incombent aux parents, ils acquièrent des droits éternels sur leur enfant, qui les reconnaît par des sentiments, d’amour, de respect, d’obéissance et de gratitude.

Jésus-Christ bénit les familles chrétiennes gravure d'Azambre

Jésus-Christ bénit les familles Chrétiennes.
Gravure d’Étienne Azambre (1859-1933).

De l’histoire de la création de la première famille, rapportée dans la Genèse, saint Augustin et saint Thomas, les plus sublimes génies du Catholicisme, tirent les réflexions suivantes : « L’homme fut d’abord créé seul, dit le penseur d’Hippone, mais il ne fut pas abandonné dans son isolement, car rien n’est plus réellement sociable que la race humaine. Dieu voulut créer l’homme à l’état d’unité, d’où sortirait toute notre espèce, afin de nous rappeler que, quelque multipliés que nous puissions être, nous ne devons former, dans cette multitude, qu’une unité harmonieuse. La femme d’Adam ne fut pas créée comme lui ; elle sortit de ses flancs ainsi que le reste des mortels, afin que l’unité de la société et le lien de la concorde nous devinssent plus chers, étant fondés, non-seulement sur la ressemblance d’une même nature, mais encore sur l’affection d’une même parenté. »

Prière du bénédicité en famille

Prière du bénédicité en famille.

Saint Thomas, citant ces paroles que saint Paul adresse aux juristes et aux philosophes d’Athènes, qui contestaient l’unité des races humaines : Fecit ex uno omne genus humanum [Il a fait naître d’un seul toute la race humaine], ajoute : « De même que Dieu est le principe unique de toute la création, de même Adam est l’unique générateur de l’humanité, parce qu’il a été fait pour une société durable, et que l’unité est un principe de durée. C’est pourquoi il tira la première femme, non de la tête de l’homme, afin qu’elle n’eût pas la domination, ni des pieds de l’homme, afin qu’elle ne devint pas un sujet de mépris, mais de la région du cœur, pour marquer que l’affection doit être le lien principal de la société. »

La prière du soir de la famille Chrétienne

« Voici la Famille que le Seigneur bénit ! » (Isaïe 61:9).

La famille, divinement constituée par les liens de la concorde et de l’unité, s’est modifiée, après le péché originel, sous le poids des passions. La femme fut assujettie à la puissance et à la domination de son mari : Sub viri potestate eris, et ipse dominabitur tui [Tu seras sous la puissance de ton mari, et il te dominera]. Les membres faibles de la famille, la femme et l’enfant, ont subi la loi de la force. Le paganisme, religion purement matérielle, a méconnu les doux noms de père, d’épouse et de fils, et brisé les liens tendres de la nature.

Extrait de : Règne Social du Christ, par l’Abbé Charles Bénard, 1866.

Règne Social du Christ : Dans l’Individu (2)

Jésus-Christ philantrope aime les pauvres

Jésus-Christ le grand philanthrope aime les pauvres. Il nous a aimé jusqu’à mourir pour nous sur la Croix.

2) Le Christ règne dans l’homme, en lui donnant sa liberté morale et l’idée de sa véritable grandeur

Heureusement la religion Chrétienne est venue sauver l’homme, non-seulement dans l’ordre surnaturel, mais encore dans sa sphère d’activité terrestre, dans son intelligence, dans son cœur, surtout dans son libre arbitre, qui est la base de sa véritable grandeur. L’homme apprit ce qu’il est, ce qu’il vaut et ce qu’il peut. Il eut conscience, on ne saurait assez le dire, de sa liberté naturelle et de sa liberté morale et, par là, de sa véritable destinée.

Le Christianisme enseigne à tous, indistinctement, au plus petit comme au plus grand, au plus ignorant comme au plus savant, au plus faible comme au plus fort, que chaque homme possède une âme raisonnable, immortelle, libre, supérieure en valeur à tous les trésors du monde. Créée à l’image de Dieu et rachetée par le sang de Jésus-Christ, elle est d’un prix infini. Destinée à loger temporairement dans un corps organisé, elle doit le régir, le dominer, et non le servir en esclave. Après une épreuve plus ou moins longue, elle passera à un séjour éternel de gloire, et sera de nouveau associée à l’instrument de ses vertus, à son enveloppe matérielle, glorifiée par la résurrection. Le Christianisme va plus loin encore. Il élève l’homme jusqu’à la hauteur d’enfant de Dieu. Il nous enseigne que, par un excès d’amour dont aucune intelligence créée n’a pu concevoir l’idée, sans la Révélation, Dieu a voulu se donner lui-même, communiquer sa nature immortelle, divine, glorieuse, à l’ouvrage de ses mains, assimiler et élever jusqu’à lui ce qui est sorti du néant. En conséquence, il arrête que les substances spirituelles non-seulement contempleront l’ordre naturel et en jouiront, mais qu’elles verront son être à lui, l’aimeront, le posséderont, en jouiront, non plus sous l’enveloppe de ce qui est fini, borné, limité, mais en lui-même, tel qu’il est dans son immensité, dans sa lumière inaccessible : elles ne formeront avec sa société une et trine, qu’une seule et même société. Il les adoptera pour ses enfants. Il les consommera dans son unité, tout en leur laissant la conscience, la distinction de leur personnalité. Pour réaliser ce plan, pour élever à la hauteur de la société incréée la société créée, le propre, l’unique Fils de Dieu, par lequel tout a été fait, s’incarnera, adoptera un corps et une âme, résumera en sa personne la nature corporelle et la nature spirituelle, afin d’unifier, de glorifier et de diviniser, pour ainsi parler, la création entière. C’est jusqu’à ce faite sublime que doit monter le monde matériel. Par un juste retour, Dieu a voulu que ce bonheur qui surpasse toute conception créée, qui épuise, en quelque sorte, la puissance divine elle-même fût à la fois l’œuvre spéciale à lui et le prix des efforts de la créature libre et intelligente : son œuvre à lui, parce qu’il ne doit cet excès d’amour à la félicité, à la dignité d’aucune créature ; son œuvre à lui, parce qu’aucune créature ne peut, par ses forces naturelles, s’élever aussi haut. Pour monter à un degré si sublime, y persévérer et y être couronnée, elle a sans cesse besoin d’un secours particulier de la toute-puissance qu’on nomme grâce, qui n’est rien autre chose que Dieu agissant et habitant dans l’âme du juste.

Jésus-Christ pour modèle

Jésus-Christ pour modèle.

Le prix des efforts de la créature libre et intelligente, parce que toute créature doit se reconnaître indigne d’une pareille félicité, doit par conséquent, dans un sentiment de soumission et d’humilité, coopérer, correspondre à l’activité divine, et y ajouter sa propre activité. La force naturelle de l’agent libre est appelée à acquiescer, à consentir à la force surnaturelle, à l’aider, à l’augmenter par ses efforts réitérés et par un travail constant.

C’est moyennant une fidèle correspondance à l’action de Dieu, par la persévérance, que les substances spirituelles seront déiformes, s’élèveront sur les ailes de l’amour, de l’attraction céleste, jusque dans le sein de la divinité où la couronne sera le prix et des efforts de la liberté d’en bas et des effusions de la liberté d’en haut.

C’est là l’ordre surnaturel ou l’ordre de la grâce qui est au-dessus de toutes les forces, non-seulement créées, mais possibles : ordre réglé par rapport à la vision intuitive de Dieu, dont le Verbe fait chair est le médiateur, le trait d’union ; ordre que la doctrine seule du Christ a mis dans une vive splendeur.

L’enseignement et la vue de ces hautes destinées, proposées au bon usage de notre liberté, releva l’homme à ses yeux, le rendit capable de supporter les plus dures privations et d’affronter les plus affreux supplices, comme le témoigne l’histoire de ces milliers de solitaires de la Thébaïde et celle du Christianisme, de quinze millions de martyrs des premiers siècles. Le courage de cette multitude de chrétiens de tout sexe, de tout âge et de toute condition, qui osèrent noblement résister à la puissance redoutable des Césars, à la dent cruelle des bêtes féroces de l’amphithéâtre, à la risée d’une populace insolente, à toutes les tortures des bourreaux, contribua singulièrement à réveiller le sentiment de la dignité humaine, oblitérée sous la double couche de la corruption et des fausses doctrines. C’est ainsi que le Christ, après nous avoir révélé Dieu, nous a fait connaître l’homme ; il va également nous donner une connaissance plus exacte de la famille

Extrait de : Règne Social du Christ, par l’Abbé Charles Bénard, 1866.